Le rôle du violoncelle a profondément évolué

d’instrument de basse rythmique — le continuo — il est devenu une voix « chantante ». Ses accessoires ont suivi cette transformation : cordes, pique, tendeurs offrent aujourd’hui un confort de jeu, une puissance et une virtuosité autrefois inimaginables.

Pourquoi, alors que la pique n’existe que depuis un siècle, a‑t‑elle triplé de longueur ?

Les positions de jeu

SANS PIQUE : Dans la position baroque, proche de celle de la viole de gambe, l’instrument est tenu entre les jambes, verticalement. L’émission sonore est alors « horizontale » ; la puissance reste limitée par la proximité du corps et par la position de l’archet, poussé vers soi dans une posture peu ergonomique.

Le haut du corps étant éloigné de la touche, la main gauche est moins visible, surtout dans les aigus, à moins de se pencher. Cette position ne favorise ni la virtuosité ni la détente corporelle.

PIQUE COURTE : L’instrument change peu de place, mais le musicien, lui, gagne en liberté : il peut s’appuyer sur ses pieds pour se pencher au‑dessus du violoncelle. Le poids naturel du corps renforce l’appui de la main gauche et de l’archet. La montée dans les aigus devient plus précise, l’écoute plus fine.

Corps et instrument, mieux stabilisés, deviennent de véritables partenaires, sans que le musicien n’étouffe la vibration du bois. Dans les cas extrêmes, on observe même un enroulement du corps autour de l’instrument (B. Michelin).

Jouer en public, sous l’effet du trac, peut provoquer un repli du corps : tête baissée, jambes rapprochées du siège. Ce « cocon » peut‑il réellement projeter le son jusqu’au fond de la salle ?

C’est peut‑être cette tendance qui a encouragé l’usage d’une pique plus longue, permettant au violoncelle de « remonter » et de s’appuyer contre les côtes, juste sous la poitrine.

PIQUE LONGUE : Jusqu’à la fin du XIXᵉ siècle, on déconseillait aux femmes de jouer du violoncelle — on leur préférait la viole de gambe — pour de prétendues raisons d’indécence. Cet argument a heureusement disparu. L’une des premières images de violoncelliste femme au début du XXᵉ siècle est celle de Guilhermina Suggia, première épouse de Pablo Casals.

On peut penser que l’usage de la pique longue s’est répandu grâce aux musiciennes, pour des raisons morphologiques : le haut de l’instrument ne gêne plus la poitrine. Le jeu s’en est trouvé transformé : l’instrument se penche davantage, et le son se projette vers le haut.

Le violoncelle s’éloigne du corps ; sa tenue et sa réponse reposent davantage sur la souplesse que sur la force.

Les bras appuient plus naturellement sur les cordes, réduisant les tensions dorsales. Le corps s’ouvre, la position se sécurise, les cordes sont sous les mains, sous le regard, et l’on s’entend mieux.

Quelques inconvénients toutefois

  • La pointe, inclinée, s’ancre moins facilement : le risque de glisser augmente.
  • La tige, plus longue, devient plus souple : l’instrument fléchit davantage sous l’archet.
  • Le son se projette davantage vers le plafond : cela modifie‑t‑il l’équilibre acoustique de la salle ou de l’orchestre ?
  • La pression accrue vers le sol crée une torsion dans le tasseau inférieur : l’instrument est‑il conçu pour supporter cette contrainte ?

 

Pour rigidifier une tige trop souple, on a utilisé des aciers spéciaux, ou des tubes. Un seul matériau répond pleinement aux exigences modernes : la fibre de carbone, extraordinairement rigide et légère.

Comment éviter la pique qui glisse ?

La pointe est parfois émoussée, ou bien le sol est un parquet précieux, un marbre lisse.

Si l’on ne peut planter la pique sans abîmer le sol, il est judicieux de poser son siège sur une petite estrade personnelle en bois.

Les accessoires de poche — cordelette, planchette — ne résolvent rien. Si l’on peut planter la pointe, il faut le faire : la qualité sonore en dépend.

Frappez un diapason sur un caoutchouc antidérapant : vous n’entendrez rien. Il en va de même pour la pointe du violoncelle. Le point de contact sol‑pique doit être un nœud de vibration ferme et solide. C’est à cette condition que le violoncelle, comme les branches du diapason, devient un véritable résonateur.

L’extrémité du violoncelle va jusqu’au bout de sa pique : ce support fait pleinement partie de la qualité sonore et du confort de jeu.